Recevoir un héritage autour de 60 ans est une situation de plus en plus fréquente. La maison est souvent payée, une épargne existe déjà, la retraite approche. Et parfois, pour la première fois, on dispose d’un capital important sans savoir par où commencer.

Quand un client me consulte dans cette situation, je ne commence jamais par les produits. Je commence par quelques questions, puis on construit une répartition qui répond à ses besoins. Voici cette démarche, illustrée par un exemple chiffré.

D’abord, ne rien précipiter

Le capital peut rester quelques semaines sur un compte d’épargne ou un compte à terme, le temps de réfléchir. C’est aussi le moment où les propositions commerciales arrivent : mieux vaut avoir défini ses besoins avant d’y répondre.

Les cinq questions que je pose

  1. De quels revenus aurez-vous besoin à la retraite, et à partir de quand ?
  2. Quelle somme voulez-vous garder disponible pour les imprévus et les projets des prochaines années ?
  3. Pour le reste, quel est votre horizon de placement ?
  4. Quelle place l’immobilier occupe-t-il déjà dans votre patrimoine ?
  5. Souhaitez-vous aider vos enfants dès maintenant, et dans quelle mesure ?

Une sixième question, plus personnelle, compte autant que les autres : quel niveau de fluctuation pouvez-vous accepter sans être tenté de tout vendre au mauvais moment ?

Un exemple chiffré : 900 000 € à 60 ans

Anne et Marc ont 60 et 61 ans. Ils sont propriétaires de leur maison et disposent déjà de 220 000 € d’épargne, essentiellement sur des comptes d’épargne. Ils héritent de 900 000 €. Leurs futures pensions couvriront une bonne partie de leurs dépenses, mais il leur manquera environ 1 000 € par mois pendant les premières années de retraite. Ils ont deux enfants, qui envisagent d’acheter leur logement.

L’héritage ne se gère pas isolément : on regarde l’ensemble, soit 1 120 000 € avec l’épargne existante. Voici une répartition possible, construite à partir de leurs réponses :

ObjectifMontantSupport envisageable
Réserve pour imprévus et projets proches (toiture, voiture, voyages)100 000 €Compte d’épargne, compte à terme
Complément de revenus de 1 000 € par mois pendant 10 ans120 000 €Obligations ou fonds obligataires à échéances échelonnées
Croissance à long terme700 000 €Portefeuille diversifié d’ETF (environ 70 % actions, 30 % obligations), à frais réduits
Aide aux enfants200 000 €Donation enregistrée (100 000 € chacun)

Chaque montant a un rôle précis. La réserve évite de devoir vendre des placements au mauvais moment. Les obligations sécurisent le complément de revenus. Le portefeuille de long terme peut alors traverser les baisses de marché sans stress, car il n’est pas nécessaire avant 10 ou 15 ans.

L’impact des frais sur 15 ans

Prenons les 700 000 € investis à long terme, avec une hypothèse de rendement brut de 5 % par an. Avec des frais annuels de 0,3 % (ETF), le capital atteint environ 1 394 000 € après 15 ans. Avec des frais de 1,8 % (fonds traditionnels ou gestion bancaire), il atteint environ 1 123 000 €.

La différence est d’environ 271 000 €, simplement à cause des frais. Avant de signer, il vaut donc la peine de comprendre ce que l’on paie, et à qui.

Intégrer la fiscalité dès le départ

Depuis 2026, les plus-values sur actifs financiers sont taxées à 10 %, avec une exonération annuelle de 10 000 € par personne (voir la nouvelle taxe belge sur les plus-values). Dans notre exemple, si Anne et Marc revendent tout après 15 ans, la plus-value d’environ 694 000 € entraînerait une taxe d’environ 67 400 €, après leurs deux exonérations.

Réaliser une partie des plus-values chaque année, dans la limite des exonérations, permet de réduire cette facture. Avec de tels montants, l’effet reste toutefois limité : le choix des supports (capitalisation ou distribution) et du moment des retraits compte davantage. Ces choix doivent aussi tenir compte de la taxe sur les opérations de bourse (détails dans les 4 taxes à connaître en 2026).

Transmettre une partie de son vivant

Une donation enregistrée de sommes d’argent est taxée à 3 % en Flandre et à Bruxelles, et à 3,3 % en Wallonie. Les 200 000 € donnés par Anne et Marc coûteraient donc 6 600 € de droits en Wallonie, au lieu des taux progressifs des droits de succession, qui augmentent avec la taille du patrimoine transmis. Un don non enregistré est possible, mais il est réintégré dans la succession si le donateur décède dans les 5 ans.

La règle d’or reste la même : une donation ne doit jamais fragiliser sa propre retraite. C’est pour cela qu’elle arrive en dernier, une fois les besoins de revenus et la réserve sécurisés.

Et dans votre situation ?

Chaque situation est différente : les montants, les besoins et les priorités familiales changent tout. Augeam vous aide à faire le point sur l’ensemble de votre situation, en toute indépendance : rémunération exclusivement en honoraires, sans commission ni produit à vendre. Planifier un premier échange gratuit.

Exemple illustratif, basé sur des hypothèses de rendement qui ne sont pas garanties. Il ne constitue pas un conseil personnalisé.

J’ai eu l’occasion d’aborder ce sujet avec Frédéric Sergeur pour Le Vif (22 octobre 2026) : merci à lui pour l’échange.