Vous avez un banquier, un courtier ou un gestionnaire depuis des années. La relation est bonne, les rapports arrivent régulièrement, les rendez-vous annuels sont cordiaux. Et pourtant, une question revient parfois, diffuse : « est-ce que je suis réellement bien conseillé ? »
Cette question, la plupart des dirigeants et indépendants que je rencontre se la posent. Peu la creusent. Non par négligence, mais parce qu’ils ne savent pas comment la vérifier : sur quoi juger ? Par rapport à quoi comparer ? Quels chiffres demander ?
Précisons d’emblée un point important : si vous ne parvenez pas à évaluer la qualité du conseil que vous recevez, ce n’est pas un manque de compétence de votre part. Le système de distribution des produits financiers est structuré de telle manière que les informations essentielles (frais réels, performance comparée, rémunération de votre interlocuteur) ne sont pas mises en avant. Elles sont disponibles, mais il faut savoir les demander.
Cet article vous donne précisément cela : quatre signaux objectifs et vérifiables, avec pour chacun la question exacte à poser à votre interlocuteur. Vous n’avez besoin d’aucune formation financière pour les utiliser.
Signal n°1 : la performance de vos placements n’est jamais comparée à un indice de référence
Chaque fonds d’investissement a un indice de référence (ou « benchmark ») : l’indice de marché qu’il cherche à battre. Un fonds d’actions mondiales se compare au MSCI World, un fonds d’actions européennes au Stoxx Europe 600, etc. C’est le seul étalon objectif pour juger une performance : gagner 6 % une année où le marché a gagné 12 %, ce n’est pas une bonne performance, c’est une sous-performance de 6 points.
Or, dans la grande majorité des rapports que je vois passer, la performance est présentée seule, en valeur absolue. « Votre portefeuille a progressé de 5,8 % cette année » ne vous dit rien tant que vous ne savez pas ce qu’a fait le marché sur la même période.
Les chiffres sur ce point sont sans ambiguïté : les études SPIVA de S&P Global et les baromètres Morningstar montrent que plus de 90 % des fonds gérés activement font moins bien que leur indice de référence sur 10 à 15 ans. La raison principale n’est pas l’incompétence des gérants : ce sont les frais prélevés chaque année, qui créent un handicap que très peu parviennent à compenser durablement.
| La question à poser « Quel est l’indice de référence de chacun de mes fonds, et quelle a été leur performance par rapport à cet indice sur 5, 10 et 15 ans ? » Cette information existe pour chaque fonds (elle figure dans les documents réglementaires). Si la réponse est floue, évasive, ou déplace la conversation vers d’autres sujets, c’est en soi une information. |
Signal n°2 : vous ne connaissez pas le montant total des frais que vous payez
Posez-vous la question simplement : combien vous coûtent vos placements chaque année, en euros ? Si vous ne pouvez pas répondre, vous êtes dans la situation de la majorité des investisseurs. Et c’est logique : ces frais ne font l’objet d’aucune facture. Ils sont prélevés directement à l’intérieur des produits, invisiblement.
Les frais courants d’un fonds (le TER, pour Total Expense Ratio : le pourcentage prélevé chaque année sur votre capital pour couvrir la gestion et la distribution) se situent typiquement entre 1,5 % et 2 % par an pour les fonds actifs distribués en Belgique. Un ETF (fonds indiciel coté qui se contente de répliquer un indice) coûte entre 0,05 % et 0,30 % par an. Un écart de 1 % à 2 % par an semble anodin. Il ne l’est pas, car il se compose année après année.
L’impact concret, chiffré
Prenons une hypothèse de rendement de marché de 7 % par an, et comparons deux véhicules investis sur le même indice : un fonds actif à 2 % de frais annuels et un ETF à 0,2 %.
| Fonds actif (2 % de frais/an) | ETF (0,2 % de frais/an) | |
| 10 000 € investis pendant 20 ans | 26 500 € | 37 200 € |
| 100 000 € investis pendant 20 ans | 265 000 € | 372 000 € |
Soit 10 700 € de différence sur 10 000 € investis, et 107 000 € sur 100 000 €. Cette différence n’a rien à voir avec les marchés : elle est uniquement due aux frais. C’est, de loin, le facteur le plus déterminant de votre performance à long terme sur lequel vous avez un contrôle direct.
Depuis la réglementation européenne MiFID II, votre banque a l’obligation de vous fournir chaque année un relevé détaillé de l’ensemble des frais, en pourcentage et en euros. Ce document existe. Peu de clients le demandent, et il est rarement mis en avant spontanément.
| La question à poser « Pouvez-vous me fournir le relevé annuel complet des frais (le rapport de coûts et charges MiFID), en euros, incluant les frais des produits eux-mêmes ? » Vous y avez droit. La réponse doit être un document chiffré, pas une explication orale. |
Signal n°3 : votre « diversification » est peut-être une illusion
« Vous êtes bien diversifié » est probablement la phrase la plus prononcée dans les entretiens bancaires. Elle est parfois vraie. Mais détenir plusieurs fonds ne signifie pas être diversifié : ce qui compte, ce sont les lignes sous-jacentes, c’est-à-dire les actions et obligations réellement détenues à l’intérieur de ces fonds.
Un exemple rencontré fréquemment : un portefeuille composé de six fonds différents, aux noms variés (croissance mondiale, technologie, dividendes, mégatendances…). Sur papier, six lignes distinctes. En analysant les compositions, on retrouve largement les mêmes 20 grandes valeurs (souvent les géants technologiques américains) en tête de chacun des six fonds. Le portefeuille est en réalité concentré, avec en prime des frais multipliés par six.
Ce phénomène n’est pas une manœuvre : c’est la conséquence mécanique du fait que les grands fonds investissent dans les grandes capitalisations. Mais le résultat est le même : vous portez un risque de concentration que vous ne voyez pas, tout en payant plusieurs couches de frais pour une diversification apparente.
| La question à poser « Pouvez-vous me montrer les 20 principales positions consolidées de mon portefeuille, tous fonds confondus, et leur poids total ? » Cette analyse par transparence révèle la diversification réelle. Si le même titre apparaît dans la plupart de vos fonds, vous savez à quoi vous en tenir. |
Signal n°4 : vous ne savez pas comment votre conseiller est rémunéré
C’est le signal le plus structurel, celui qui explique en partie les trois précédents. Dans le modèle de distribution classique, votre interlocuteur (banque ou courtier) est rémunéré par des rétrocessions : une partie des frais annuels du fonds que vous détenez est reversée au distributeur qui vous l’a vendu. Concrètement, sur un fonds à 1,8 % de frais annuels, une part significative revient chaque année à celui qui vous l’a recommandé, aussi longtemps que vous le détenez.
Cela ne fait pas de votre banquier une personne malhonnête, et ce n’est pas une pratique illégale : elle est encadrée et doit être mentionnée dans la documentation. Mais elle crée une incitation structurelle : entre deux solutions équivalentes pour vous, l’une rémunère votre interlocuteur, l’autre (un ETF, par exemple, qui ne verse aucune rétrocession) ne lui rapporte rien. Devinez laquelle figure le plus souvent dans les propositions.
Ce n’est pas une question de personnes : c’est une question de modèle. Certains pays en ont d’ailleurs tiré les conséquences : le Royaume-Uni et les Pays-Bas ont interdit les rétrocessions sur le conseil en investissement. En Belgique, elles restent autorisées.
| La question à poser « Percevez-vous, vous ou votre établissement, une rémunération liée aux produits que vous me recommandez ? Si oui, combien, par produit et par an ? » La question est directe, mais parfaitement légitime : c’est votre argent qui finance cette rémunération. La qualité et la précision de la réponse vous en diront long. |
Que faire de ces réponses ?
Une fois ces quatre questions posées, trois scénarios possibles.
- Les réponses sont claires et les chiffres sont bons. Tant mieux : vous avez un bon interlocuteur, et vous disposez désormais des points de contrôle pour le vérifier chaque année. C’est une excellente nouvelle.
- Les réponses sont floues ou incomplètes. Insistez, par écrit si nécessaire. Ces informations sont soit obligatoires (frais MiFID), soit publiques (indice de référence, composition des fonds). Une opacité persistante est une réponse en soi.
- Les réponses révèlent des écarts significatifs. Sous-performance chronique par rapport aux indices, frais totaux supérieurs à 1,5 % par an, concentration masquée : il ne s’agit pas de tout bouleverser du jour au lendemain, mais d’objectiver la situation et d’examiner les alternatives, en tenant compte de votre situation fiscale (une restructuration de portefeuille a des implications, notamment depuis l’introduction de la taxe sur les plus-values).
Un point mérite d’être souligné : vérifier la qualité de son conseil ne signifie pas rompre avec son banquier. La relation bancaire a de la valeur : crédits, facilités, services. La démarche pertinente est celle du second avis, exactement comme en médecine : un regard extérieur, indépendant, qui confirme que tout va bien ou identifie ce qui peut être amélioré. Dans bien des cas, le résultat est un dialogue plus équilibré avec votre interlocuteur existant, pas un changement de crémerie.
Pourquoi un second avis indépendant change la donne
On mesure ici la différence structurelle entre deux modèles de conseil. Un intermédiaire rémunéré par les produits qu’il distribue, quelle que soit sa bonne volonté, ne peut pas être totalement objectif : son modèle économique l’en empêche. Un conseiller rémunéré exclusivement en honoraires par son client, sans aucune commission ni rétrocession, n’a structurellement aucun intérêt à recommander un produit plutôt qu’un autre. Son seul enjeu est la qualité de son conseil.
C’est le sens du statut de planificateur financier indépendant agréé par la FSMA (l’autorité belge de supervision des services financiers) : une objectivité garantie par le modèle, pas par les déclarations.
En résumé
- La performance ne se juge que comparée à un indice de référence, sur longue période. Plus de 90 % des fonds actifs font moins bien que leur indice sur 10-15 ans.
- Les frais sont le premier facteur de performance à long terme que vous contrôlez : 1,8 % d’écart annuel représente 10 700 € sur 10 000 € investis pendant 20 ans (et 107 000 € sur 100 000 €).
- La diversification se mesure sur les positions sous-jacentes consolidées, pas sur le nombre de fonds.
- Le mode de rémunération de votre interlocuteur détermine structurellement la nature de ses recommandations.
Quatre questions suffisent pour y voir clair. Vous n’avez pas besoin d’être un expert : vous avez besoin des bonnes questions, et de réponses chiffrées.
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