Les entreprises belges, en particulier de nombreuses PME, disposent souvent de liquidités excédentaires qui « dorment » sur un compte en banque. Qu’il s’agisse de réserves en attente d’un futur dividende ou d’une réserve de liquidation, laisser ce cash inactif est loin d’être optimal lorsque l’inflation sévit. Autrement dit, sans placement, l’inflation érode chaque jour les liquidités laissées sur les comptes des entreprises.

Dans cet article, nous examinons comment optimiser le cash dormant d’une société en Belgique, en passant en revue une palette d’options de placement (des plus sécurisées aux plus dynamiques). L’objectif est de vous aider à structurer vos décisions pour que votre argent travaille pour vous, même au sein de votre entreprise.

Comprendre le contexte : trésorerie excédentaire et inflation

Avant de placer vos excédents, il faut définir vos besoins. Une trésorerie excédentaire correspond aux liquidités dont l’entreprise n’a pas besoin pour son cycle d’exploitation courant ou pour sa réserve de précaution. Une PME peut se retrouver avec un surplus de cash (par exemple 50 000 à quelques centaines de milliers d’euros) parce que les bénéfices n’ont pas encore été distribués ou parce qu’elle constitue une réserve de sécurité (par ex. une réserve de liquidation en vue d’une distribution future).

Pourquoi ce cash dort-il ? Souvent, les dirigeants préfèrent garder ces fonds en société pour des raisons fiscales (par exemple attendre 5 ans pour bénéficier d’un dividende taxé à 15 % via la réserve de liquidation ou 3 ans via le mécanisme VVPR bis au lieu de 30 % immédiatement) ou pour faire face aux imprévus. Cependant, l’inconvénient est que cet argent stagne souvent sur un compte à vue non rémunéré, subissant l’inflation. Par exemple, une inflation de 3 % fait perdre 3 000 € de valeur réelle par an sur un montant de 100 000 € non investi.

Le moment est donc opportun pour se pencher sur les différentes solutions qui s’offrent à votre société afin de faire fructifier sa trésorerie excédentaire et neutraliser l’effet de l’inflation. Avant tout, évaluez la part de cash à conserver absolument disponible (pour les besoins à court terme et la trésorerie de précaution) et la part que vous pouvez immobiliser ou investir sur une plus longue durée.

À savoir : la garantie des dépôts bancaires en Belgique couvre uniquement 100 000 € par institution et par société en cas de faillite de la banque.

Options de placement sécurisées et liquides (court terme)

Pour la partie de trésorerie dont votre société pourrait avoir besoin à brève échéance ou pour laquelle vous ne souhaitez prendre aucun risque, privilégiez des placements sûrs et facilement mobilisables. Ces solutions offrent en général un rendement modeste mais garanti, adapté à un horizon court terme (quelques mois à 2–3 ans).

Comptes à vue et comptes d’épargne d’entreprise

Le compte à vue classique de l’entreprise est bien sûr ultra-liquide (fonds disponibles à tout moment), mais la plupart des comptes courants professionnels ne sont pas ou très peu rémunérés. Quant aux comptes d’épargne pour entreprises, ils offrent une liquidité identique et un rendement un peu supérieur au compte à vue. Toutefois, sur le marché belge, ces comptes spécifiques sont limités : peu d’établissements proposent aux PME un livret d’épargne avec intérêt intéressant, ou alors seulement à leur clientèle de grande envergure. En pratique, laisser son cash excédentaire sur un compte courant non rémunéré  ou un compte d’épargne n’est pas  conseillé.

Dépôts à terme (comptes à terme)

Le compte à terme (ou dépôt à terme) est un placement sans risque proposé par les banques, où votre entreprise s’engage à bloquer un montant pendant une durée déterminée (quelques mois à plusieurs années). En échange, la banque offre un taux d’intérêt fixé à l’avance, généralement supérieur à celui d’un compte à vue.

  • Rendement : Fixé contractuellement selon l’offre.
  • Liquidité : Le capital est bloqué jusqu’à l’échéance (6 mois, 1 an, 3 ans, 5 ans, etc.). Il est généralement possible de retirer avant terme moyennant un préavis (souvent 32 jours) et la fermeture du compte, ce qui fait perdre une partie des intérêts. Il faut donc placer uniquement la tranche de trésorerie dont vous n’aurez pas besoin dans l’immédiat.
  • Sécurité : Le capital et les intérêts sont garantis par la banque (contrat) et couverts par la garantie des dépôts (jusqu’à 100 k€). C’est un support très sûr pour la trésorerie de court terme.

Fiscalité : Les intérêts perçus seront taxés à l’impôt des sociétés. La banque prélève en général un précompte mobilier de 30 % sur les intérêts à la source, mais ce précompte est récupérable puisqu’il est déductible de l’ISoc. Au final, votre société paye l’impôt des sociétés sur ces revenus d’intérêts, soit 25 % au taux plein (ou 20 % sur la première tranche de 100 000 € de bénéfice si vous êtes une PME éligible au taux réduit).

SICAV monétaires (fonds monétaires)

Les SICAV ou ETF monétaires sont des fonds d’investissement qui placent l’argent des investisseurs dans des instruments monétaires court terme et peu risqués : dépôts bancaires, certificats de dépôt, papiers commerciaux, etc. Ces fonds visent à procurer un rendement proche des taux interbancaires de court terme, tout en maintenant une haute liquidité.

  • Liquidité : Un fonds monétaire est généralement très liquide, on peut acheter ou vendre ses parts quotidiennement ou hebdomadairement. C’est un atout pour gérer la trésorerie à court terme.
  • Rendement : Variable et non garanti. Ces fonds cherchent à obtenir une performance égale ou légèrement supérieure au taux €STR (taux interbancaire au jour le jour de la zone euro). Par exemple, à l’heure d’écrire ces lignes en décembre 2025 le taux €STR avoisinait 1,93 %, niveau indicatif du rendement annuel qu’on peut espérer d’un fonds monétaire en 2025. Ce taux suit la hausse des taux directeurs ; il était quasi nul il y a quelques années.
  • Sécurité : Ces fonds sont censés investir uniquement dans des titres de haute qualité et très court terme (souvent notés AAA), ce qui les rend peu risqués en capital. Néanmoins, ils ne sont pas garantis formellement et peuvent subir de légères fluctuations de valeur.

Fiscalité : Pour la société investisseuse, les revenus de SICAV/ETF monétaire (intérêts, plus-values) sont traités comme des revenus mobiliers classiques. En pratique, le fonds capitalise les intérêts et votre société sera imposée sur la plus-value réalisée à la revente de ses parts (aucune imposition intermédiaire tant que vous ne vendez pas). Cette plus-value sera intégrée au bénéfice imposable. Les fonds monétaires capitalisent et ne distribuent généralement pas de dividendes, donc pas de précompte en cours de route. Il n’y a pas d’avantage fiscal particulier si ce n’est pas un fonds RDT (voir plus loin). Prévoyez aussi que l’achat/vente de parts de fonds côtés en Belgique entraîne le paiement de la taxe sur les opérations de bourse (TOB), souvent autour de 0,12 % pour les fonds monétaires (avec un plafond).

Assurance-placement Branche 26 (capital garanti)

La Branche 26 peut faire partie des solutions pour placer du cash en société, mais ce n’est généralement pas l’option la plus souple ni la plus économique. Elle reste néanmoins intéressante à analyser dans un comparatif global.

Il s’agit d’un contrat d’assurance-vie de droit belge destiné aux sociétés, avec une garantie en capital et un taux minimum garanti, auquel peut s’ajouter une participation bénéficiaire. Le fonctionnement s’apparente à un compte à terme, avec capital protégé et intérêts capitalisés.

Ce qu’il faut garder en tête :

  • Durée & liquidité. Les contrats ont une durée fixe (souvent entre 1 et 8 ans) et le capital est en principe bloqué jusqu’à l’échéance. Certains rachats sont possibles mais avec des pénalités. La liquidité est donc sensiblement inférieure à un compte à terme bancaire.
  • Rendement. Les rendements restent tributaires de la politique de l’assureur.
  • Frais. Comme tout produit d’assurance, la Branche 26 comporte des frais d’entrée, parfois de quelques pourcents. Ces frais réduisent l’intérêt du produit par rapport à d’autres placements de trésorerie plus simples et moins coûteux.
  • Sécurité. Le capital est garanti par l’assureur, ce qui en fait un produit sûr pour des réserves non destinées à être mobilisées rapidement.
  • Fiscalité. Pas de taxe sur les primes (contrairement à la plupart des assurances-vie), rendement soumis au précompte mobilier de 30 %, intégralement récupérable via l’ISoc (l’imposition réelle étant de 20 ou 25 %). Fiscalement, le cadre est correct, sans offrir pour autant un avantage décisif par rapport à d’autres solutions.

En résumé, la Branche 26 n’est pas le produit le plus liquide ni le moins coûteux, ce qui la rend moins compétitive pour une trésorerie générale ou des liquidités dont on veut garder la flexibilité. Elle peut cependant avoir du sens dans certains cas spécifiques, notamment pour loger une réserve de liquidation pendant les années d’attente, ou pour une partie de trésorerie stable à horizon déterminé.

C’est donc une piste à considérer au même titre que d’autres, mais rarement un choix privilégié d’emblée.

Options de placement diversifiées et dynamiques (moyen/long terme)

Pour la partie de cash excédentaire que votre entreprise n’a pas besoin à court/moyen terme, vous pouvez envisager des placements offrant un rendement supérieur à l’inflation sur la durée, au prix d’une volatilité et de risques plus élevés. Ces options conviennent pour un horizon plus long (plus de 3–5 ans). Il est souvent judicieux de diversifier entre plusieurs actifs pour équilibrer performance et risque. Passons en revue les principales catégories : obligations, actions (p. ex. via ETF) et prêts à d’autres entreprises.

Investir en obligations et fonds obligataires

Les obligations sont des titres de dette émis par des États ou des entreprises, qui versent des intérêts (coupons) réguliers. Par exemple, les obligations d’État belges à 10 ans affichent autour de 3.5 % de coupon, et les obligations d’entreprise bien notées (« investment grade ») peuvent offrir 4–5 % ou plus selon la maturité. Investir la trésorerie d’une société en obligations peut se faire soit en achetant directement des obligations individuelles, soit via des fonds obligataires diversifiés.

  • Risque et horizon : Les obligations d’État ou bien notées comportent un risque modéré (faible risque de défaut, mais risque de taux : si les taux montent, la valeur de l’obligation baisse). Pour limiter ce risque de taux, on peut choisir des obligations à courte durée (échéance 1–3 ans), des fonds obligataires court terme ou des fonds obligataires à taux variable. Cela réduit la volatilité. À l’inverse, des obligations d’entreprises moins bien notées ou à très long terme offrent plus de rendement mais avec plus de risques (défaut, variations de cours).
  • Liquidité : Un marché obligataire secondaire existe, surtout pour les obligations d’État et grandes entreprises : ces titres sont relativement liquides (on peut les revendre avant échéance, au prix du marché). Les fonds obligataires, quant à eux, sont liquides (rachat des parts possible chaque jour ou semaine selon le fonds).
  • Rendement : Actuellement, les taux nominaux des obligations sont proches de l’inflation prévue (~2–3 %), ce qui signifie qu’elles peuvent préserver ou accroître la valeur réelle du capital. Par exemple, un fonds obligataire euro court terme vise désormais une performance proche du taux €STR (~1,9 % en 2025) plus une petite prime. Pour des obligations de plus longue durée, le rendement attendu peut être plus élevé (mais avec plus de volatilité de cours en cas de vente avant échéance).

Fiscalité : Les intérêts obligataires sont des revenus de créance imposables pour la société. S’ils sont encaissés directement (par ex. coupon d’une OLO), un précompte mobilier de 30 % est retenu en Belgique, imputable sur l’ISoc. In fine, la société paiera l’ISoc à 25 % (ou 20% si taux réduit) sur ces intérêts, récupérant l’excédent de précompte le cas échéant. Les plus-values/réductions de valeur sur obligations vendues avant échéance passent également par le résultat imposable : une plus-value sera taxée à 25 %, une moins-value déductible (à condition qu’elle soit effective et comptabilisée).

À noter, via un fonds obligataire capitalisant, la fiscalité se manifeste surtout au moment de la vente des parts : toute plus-value latente se transformera en profit taxable. Il n’y a pas de régime d’exonération particulier pour les obligations en société (contrairement aux actions, voir section suivante). Par ailleurs, les fonds obligataires distribuants pourraient subir la retenue d’un précompte sur la part d’intérêts qu’ils distribuent, mais la tendance pour les sociétés est d’utiliser des fonds capitalisants pour éviter les frottements fiscaux intermédiaires.

Conseil : privilégiez les titres de dette ou fonds obligataires en euros pour éviter le risque de change, sauf si votre entreprise a une appétence ou des besoins dans d’autres devises. Diversifiez sur plusieurs émetteurs pour limiter l’impact d’un éventuel défaut isolé.

Investir en actions (via des ETF ou fonds actions diversifiés)

Les actions représentent une classe d’actifs plus volatile, mais historiquement c’est l’une des meilleures protections contre l’inflation sur le long terme. Investir une partie du cash excédentaire de la société en bourse (actions cotées) peut booster le rendement espéré, à condition d’accepter des fluctuations importantes en capital. Pour une PME qui ne souhaite pas gérer un portefeuille boursier actif et pour qui la diversification est importante, la solution privilégiée est l’investissement via des fonds actions ou ETF (fonds indiciels) offrant une large diversification. Par exemple, un ETF MSCI World ou Stoxx Europe 600 permet d’investir sur des centaines d’actions en une seule ligne, diluant le risque spécifique à une entreprise.

  • Horizon et risque : Il est recommandé d’avoir un horizon d’au moins 5 ans (voire 7–10 ans) pour des placements en actions, de manière à lisser les cycles boursiers. Les actions peuvent perdre 20 % ou 30 % de valeur en quelques mois lors d’un krach, il faut donc être certain que la trésorerie investie n’est pas critique pour la survie de l’entreprise à court terme. Autrement dit, n’investissez en actions que le surplus dont vous n’avez pas besoin avant longtemps, et qui idéalement pourrait même rester en réserve de manière permanente ou pour opportunités futures.
  • Rendement attendu : Variable et non garanti. Sur longue période, les actions mondiales ont généré environ 6–8 % de rendement annuel moyen (dividendes réinvestis), bien au-dessus de l’inflation. Ce rendement “espéré” s’accompagne évidemment de risques élevés. En investissant en 2025, on peut espérer sur 5–10 ans que l’inflation moyenne (~2 %) soit largement compensée par la croissance des marchés actions. Attention toutefois aux périodes défavorables : la bourse n’est pas un placement de bon père de famille à court terme.
  • Diversification : Optez pour des ETF larges (p.ex. indices globaux, européens, sectoriels diversifiés) ou des fonds mixant plusieurs secteurs/pays. Cela réduit le risque de tout perdre sur un seul investissement. Aussi, l’entreprise évite ainsi d’avoir à analyser elle-même chaque action : un fonds ou un ETF indiciel (souvent plus intéressant pour des raisons de frais) suit le marché automatiquement.

Fiscalité : C’est un point crucial pour l’investissement en actions via une société, car le régime fiscal diffère de celui d’une personne physique. Les entreprises sont imposées sur la plupart des revenus mobiliers, à quelques exceptions près. Voici les points clés :

  • Dividendes d’actions : Par défaut, les dividendes reçus (d’actions cotées ou de fonds/ETF distribuants) sont des revenus taxables à l’ISoc (20 ou 25 %). Un précompte de 30 % est souvent retenu à la source sur les dividendes belges ou versés via un intermédiaire belge, imputable sur l’ISoc. Cependant, la Belgique a un régime dit RDT (revenus définitivement taxés) qui permet à une société d’être exonérée d’impôt sur certains dividendes d’actions, sous conditions. Pour bénéficier du régime RDT : la société doit détenir une participation significative dans l’entreprise qui verse le dividende (généralement au moins 10 % du capital ou un investissement initial de 2,5 millions €, et la participation doit être conservée au moins 1 an). Ce régime concerne surtout les holdings avec participations stratégiques.
    • Pour pallier cela et encourager l’investissement boursier par les PME, certains fonds ont été créés : les fonds “Sicav RDT”. Si votre société investit dans une sicav RDT, les dividendes que la sicav vous distribue ne sont pas imposés et les plus-values à la revente de la sicav sont exonérées d’impôt des sociétés. Attention : pour pouvoir offrir ces avantages fiscaux, la sicav RDT doit investir quasi exclusivement en actions. Cela signifie que ce sont des fonds purement actions (risque élevé). Le régime RDT est donc fiscalement très avantageux (pas d’impôt sur les gains ni les revenus du fonds), mais il oblige à assumer une volatilité boursière maximale. Attention également que ces fonds prélèvent souvent des frais assez élevés ce qui peut compenser négativement l’intérêt fiscal de ceux-ci.
  • Plus-values sur actions : En Belgique, une société paye en principe l’ISoc sur les plus-values qu’elle réalise en vendant des actions ou parts de fonds. Toutefois, là aussi le régime RDT peut s’appliquer : si les actions remplies les conditions de participation (voir ci-dessus), la plus-value est intégralement exonérée. En revanche, pour des placements financiers de faible quote-part (ex : ETF où la société détient une fraction infime du fonds), l’exonération RDT ne s’applique généralement pas. En résumé, sans régime RDT, vos plus-values d’actions/ETF seront taxées à 20% ou 25 % à la revente.
  • Moins-values sur actions : Elles ne sont pas déductibles fiscalement si les actions ne remplissent pas les conditions RDT (la loi fiscale belge empêche de déduire les pertes sur actions ordinaires). Cela signifie que si votre société encaisse une perte en bourse, c’est un coup dur définitif (alors qu’un gain aurait été imposé). C’est un aspect pénalisant de la détention d’actions en société. À noter : via une structure d’assurance (voir Branche 6 ci-dessous), on peut compenser gains et pertes différemment.
  • TOB et taxe comptes-titres : Acheter des actions ou ETF en Belgique entraîne la TOB (0,35 % sur les ETF/actions au moment de l’achat et de la vente, plafonnée à ±1600 €). De plus, si la valeur moyenne de votre portefeuille de titres dépasse 1 000 000 €, votre société sera redevable de la taxe annuelle sur les comptes-titres (0,15 % et probablement bientôt 0.3%). C’est rare pour une PME, mais à savoir si vous investissez massivement.

Conclusion partielle : Investir en actions via la société peut être judicieux sur le long terme, mais comparez avec l’alternative de l’investissement personnel. En effet, un particulier belge paye (pour le moment) 0 % d’impôt sur les plus-values boursières (hors cas spéculatifs) alors qu’une société paierait 20% à 25 %. En contrepartie, sortir du cash de la société pour l’investir en privé coûte 30 % de précompte (ou 15 % via la réserve de liquidation après 5 ans). Le calcul doit donc se faire au cas par cas, en fonction du rendement espéré. Nous y revenons dans la section fiscale comparative.

Prêter aux PME via des plateformes de crowdlending

Enfin, une option intermédiaire entre les obligations et les actions est de prêter directement à d’autres entreprises pour obtenir un intérêt attractif. Des plateformes belges de crowdlending (prêt participatif) comme Look&Fin ou Mozzeno, par exemple. Ces plateformes permettent désormais aux sociétés d’investir de la trésorerie en finançant des PME sous forme de prêts. C’est le B2B lending : votre société devient prêteuse et perçoit des intérêts, typiquement autour de 5 % par an dans le cas de Look&Fin.

  • Fonctionnement : Vous sélectionnez sur la plateforme des projets d’entreprises à financer (par exemple, une PME qui emprunte 100 000 € sur 3 ans pour un achat de matériel). Votre société peut prêter une fraction (ex : 5 000 €) et recevra des remboursements mensuels ou trimestriels avec intérêt.
  • Rendement : Historiquement, Look&Fin affiche ~5 % de rendement annuel moyen aux prêteurs. C’est nettement supérieur aux taux bancaires, mais il faut en contrepartie accepter le risque de défaut : si l’emprunteur fait faillite, on peut perdre une partie du capital prêté. La plateforme gère le recouvrement et mutualise parfois le risque (fonds de réserve), mais le risque n’est pas nul. Il convient de diversifier sur de nombreux prêts de petites tailles pour limiter l’impact de défauts.
  • Liquidité : Faible, car une fois le prêt consenti, il faut attendre les échéances de remboursement (1 à 5 ans typiquement). Il n’y a pas toujours de marché secondaire pour revendre vos créances, ou alors avec une décote.

Fiscalité : Les intérêts perçus sont imposés comme des intérêts obligataires : ISoc (avec précompte 30 % éventuellement retenu par la plateforme, mais récupérable). Ce qui rend le crowdlending en société particulièrement intéressant, c’est qu’il évite un écueil fiscal propre aux actions : une petite PME qui investirait trop en actions pourrait être requalifiée en société financière et perdre son taux ISoc réduit de 20 %. En effet, la législation belge prévoit que pour bénéficier du taux PME, une entreprise ne peut pas principalement avoir pour objet la gestion de son patrimoine mobilier. Si elle transforme son bilan en portefeuille d’actions, elle risque de perdre l’avantage PME. Or, les prêts (créances) sont comptabilisés différemment des participations en actions et ne provoquent pas cette requalification. Ainsi, « quel que soit le montant investi en crowdlending par une société de management, elle ne perdra pas son droit au taux réduit » explique un expert-comptable. C’est un argument de poids en faveur du crowdlending pour les petites structures.

En résumé, prêter à d’autres sociétés permet de faire travailler un cash dormant tout en aidant l’économie réelle. Le rendement espéré (~5 %) dépasse l’inflation, avec un risque à gérer via la diversification. Fiscalement, c’est traité comme un placement obligataire (taux ISoc) sans impact sur le statut fiscal PME.

Comparatif fiscal : investir en société ou distribuer aux actionnaires ?

Avant de conclure, il est important de prendre du recul et de comparer la charge fiscale totale des différentes stratégies. En effet, le but ultime pour les dirigeants est souvent de maximiser ce qu’ils pourront retirer in fine, soit par une distribution à eux-mêmes, soit en augmentant la valeur de la société. Voici quelques scénarios comparés :

  • 1) Laisser le cash en société (compte courant) : C’est le scénario « ne rien faire » – l’argent ne génère presque aucun revenu, donc pas de fiscalité additionnelle, mais il subit l’inflation (perte de valeur réelle). C’est clairement sous-optimal, particulièrement en période d’inflation forte, comme vu plus haut.
  • 2) Investir le cash au sein de la société : Les scénarios détaillés plus haut (compte à terme, obligations, fonds, etc.) impliquent que les revenus générés restent dans la société. La fiscalité se résume alors à l’impôt des sociétés (20 ou 25 % standard). Par exemple, si 10 000 € d’intérêts sont produits, l’impôt sera d’environ 2 500 €, laissant 7 500 € nets dans la société (plus le capital initial toujours en place). Si 10 000 € de plus-value sur actions sont réalisés, impôt de 2 500 € également (sauf régime RDT). Ces 7 500 € nets pourront ensuite être éventuellement distribués un jour aux actionnaires avec la fiscalité des dividendes de ce moment-là.
  • 3) Distribuer le cash aux actionnaires maintenant : Si la société verse un dividende immédiat, celui-ci est frappé d’un précompte mobilier de 30 % en Belgique. Donc 100 000 € de cash distribué = 30 000 € d’impôt retenu, 70 000 € nets pour l’actionnaire. L’argent se retrouve dans le patrimoine privé, où il peut être investi sans imposition sur les plus-values boursières (avantage pour investir en actions en privé). Mais les intérêts et dividendes perçus dans le chef du particulier seront taxés à 30 % également. Distribuer tout de suite à 30 % est le choix le plus coûteux fiscalement si on n’a pas un besoin personnel immédiat.
  • 4) Constituer une réserve de liquidation : C’est souvent la meilleure option pour sortir les fonds à terme. La société paie d’abord une cotisation de 10 % sur le bénéfice mis en réserve, puis attend au moins 5 ans. Lors de la distribution ultérieure aux actionnaires, un précompte de 5 % seulement sera dû. Au total, cela revient à ~15 % d’impôt sur le montant distribué au lieu de 30 %. Pendant les 5 ans d’attente, les liquidités restent dans la société. C’est là qu’il est crucial de les placer judicieusement plutôt que de les laisser dormantes. Les solutions sans risque bien pour coller à l’horizon 5 ans, mais on peut aussi panacher avec des placements plus rentables si on est prêt à assumer un risque pour augmenter le montant à distribuer in fine.
  • 5) Distribuer via le VVPRbis (dividendes à 15 % après 3 exercices) Le VVPRbis est un régime permettant aux petites sociétés (PME) de distribuer des dividendes à précompte réduit, beaucoup plus tôt qu’avec la réserve de liquidation.
  • Conditions principales :
    • Actions issues d’un apport en numéraire (cash)
    • Actions entièrement libérées
    • Petite société (critères CSA)
    • Pas d’apport lié à une restructuration
    • Dividendes versés à partir du 2e ou 3e exercice suivant l’apport
    • Taux applicables :
    • Pendant les 2 premiers exercices → 30 % (classique)
    • Ensuite → taux réduit à 15 % à partir du 3e exercice
    • (Attention : des réformes prévoient un passage à 18 % pour les nouveaux apports à partir de 2026)

En définitive, investir le cash dormant au sein de la société permet de neutraliser l’inflation et de faire fructifier l’argent à l’abri de l’IPP (impôt des personnes physiques), mais cela déclenche l’ISoc sur les gains générés. À l’inverse, sortir le cash vers le privé coûte cher immédiatement (30 % ou 15 %), mais ensuite certains investissements seront moins taxés. Il n’y a pas de réponse universelle : cela dépend de votre stratégie patrimoniale, de vos besoins de trésorerie personnelle, et du rendement que vous pensez obtenir.

Conseil : Beaucoup de dirigeants de PME adoptent une stratégie mixte : constituer une réserve de liquidation sur une partie des bénéfices (pour optimiser la taxation à long terme) tout en investissant cette réserve en société pendant 5 ans, et parallèlement se verser quand même un dividende annuel raisonnable (taxé 30 %) pour réinvestir en privé ou profiter immédiatement. Cette approche équilibrée permet de diversifier les risques fiscaux et financiers.

Conclusion : Mettez votre trésorerie au travail, de manière éclairée

L’inflation érode la valeur de votre cash d’entreprise, mais en Belgique il existe de multiples solutions pour y remédier en adaptant le niveau de risque à vos objectifs. Des placements sans risque (comptes à terme, branche 26, fonds monétaires) vous assureront de ne pas perdre en nominal tout en grapillant quelques pourcents de rendement, suffisants pour atténuer l’érosion monétaire. Des placements plus dynamiques (obligations, actions via ETF, prêts participatifs) peuvent générer un surplus de rendement significatif sur le long terme, au prix d’une volatilité que votre entreprise doit pouvoir absorber.

Structurez votre démarche en segmentant la trésorerie :

  • Une tranche de sécurité (équivalent de 6 à 12 mois de besoins, par ex.) à garder très liquide et sûre,
  • Une tranche de réserve de moyen terme (fonds dont vous n’aurez pas besoin pendant 1 à 5 ans) à placer sur des supports à capital garanti ou peu risqués (comptes à terme, assurance, obligations courtes),
  • Et éventuellement une tranche de placement long terme (argent excédentaire dormant sans projet précis) à investir de façon diversifiée pour aller chercher du rendement (fonds actions, obligations long terme, produits structurés, etc., éventuellement via des enveloppes fiscales efficaces comme la sicav RDT si les frais afférents ne sont pas trop importants).

N’oubliez pas que chaque option a ses implications fiscales. Le régime RDT, les réserves de liquidation, le risque de perdre le taux PME, sont autant de facteurs à intégrer dans votre décision. N’hésitez pas à nous contacter avant de déplacer des montants importants, afin d’optimiser à la fois le rendement et la fiscalité selon la situation particulière de votre société.

Portez aussi une attention particulière aux frais : certains produits paraissant fiscalement très attractifs voient leur intérêt s’effriter une fois les frais d’entrée, de gestion ou de sortie pris en compte.

Enfin, investir au travers d’une société implique quelques formalités administratives, dont l’obtention et le renouvellement du LEI, qu’il convient d’anticiper et de gérer correctement.

En somme, faire travailler le cash dormant est non seulement possible, mais c’est devenu une nécessité pour toute entreprise soucieuse de préserver la valeur de son patrimoine dans le contexte actuel. Que ce soit pour contrer l’inflation ou préparer l’avenir (distribution aux actionnaires, investissements futurs, croissance externe, etc.), les outils existent en Belgique pour mettre en place une stratégie sur mesure, alliant sécurité, performance et optimisation fiscale. À vous de jouer, en gardant à l’esprit qu’un euro investi intelligemment aujourd’hui en vaudra davantage demain, là où un euro laissé inactif perdra inexorablement de sa superbe.